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Témoignages Le jour où j'ai voulu ouvrir un compte...

Le jour où j'ai voulu ouvrir un compte...

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Je m’appelle Eros Sana. Même si ce nom peut laisser à penser que je viens du pays de Berlusconi ou de celui de Papandréou, je suis français. Depuis des années, je suis militant dans le Val-d’Oise ainsi qu’écologiste convaincu. Fort de ces convictions, je viens de créer une association. Très vite, le Crédit mutuel nous propose d’ouvrir un compte. Je saisis l’occasion et obtiens un rendez-vous.

 

A 10 heures, je suis le tout premier client face à la grille de l’agence. Avec le conseiller financier, tout commence bien : je lui présente les papiers de l’association, lui brosse nos projets et perspectives. Puis je lui tends mon passeport pour qu’il en fasse des photocopies. Je lui demande alors de faire attention, car il est en mauvais état après un séjour pluvieux en Colombie. Il se lève, me laissant seul dans son bureau entrouvert. Les minutes s’égrènent. Puis j’entends cette phrase : «C’est l’exemple typique de passeport falsifié ; il faut le faire circuler à titre d’exemple.» Mon sang ne fait qu’un tour. Ah oui ! Je dois vous préciser : je suis français d’origine congolaise. Et donc noir.

Après de longues minutes, le conseiller revient. Il n’ose plus me regarder dans les yeux et me demande mon numéro, avant de m’annoncer que l’on me recontactera. Intérieurement, je bouillonne. Mais je tente de lui faire calmement remarquer qu’il ne m’a donné aucune indication sur les prestations proposées par le Crédit mutuel. Il se contente de me tendre une série de prospectus. Là, je lui dis ce que j’ai entendu. Blême, il me rétorque que je me trompe. Je lui affirme que j’ai bien entendu. Je lui réexplique la raison de l’état de mon passeport, tente de lui montrer les visas où figurent des photos supplémentaires. Je lui explique que j’ai été collaborateur au Sénat et conseiller de deux candidats à la présidentielle (Eva Joly et José Bové), que l’on trouve ma photo sur Internet du fait de mes activités militantes et politiques. Rien n’y fait. Il veut au plus vite mettre un terme à l’entretien, en m’assurant qu’en tout cas, «lui» n’a rien dit.

Je me lève, furieux, et sors de l’agence en me questionnant. Le propre des pratiques discriminatoires est d’amener la personne discriminée à s’interroger sur la réalité de ce qu’elle a subi. Mais une fois arrivé chez moi, je réalise que je n’ai pas rêvé et qu’on ne m’a posé aucune des questions lorsque l’on demande à ouvrir un compte : «Compte de dépôt ou compte d’épargne ? Qui sera titulaire de la signature ? Désirez-vous un chéquier ? Une carte bancaire ?» Je décide de rappeler l’agence. Au standard, je demande à être mis en relation avec ledit conseiller. On me met en attente puis la communication est coupée. Je rappelle, je me présente, on me met de nouveau en attente, puis on m’annonce qu’il ne peut me répondre. Je réponds que ceci ne restera pas sans conséquence. Voici ce témoignage. Le premier que j’écris, à 33 ans, sur une expérience personnelle de discrimination.

Par Eros Sana, citoyen français.

 

Libération du 28 Novembre 2011

 

 

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