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Témoignages "Je ne suis qu'une bougnoule qui a osé étudier"

"Je ne suis qu'une bougnoule qui a osé étudier"

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Mobilisation autour de Leïla qui s'est plainte de discrimination auprès de la HALDE.

Strasbourg de notre correspondant
C'est un droit de suite. Au printemps 2006, Libération dresse le bilan des premières interventions de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) et évoque brièvement le cas de Leïla, que l'organisme présidé par Louis Schweitzer, l'ancien PDG de Renault, a mis en avant dans son rapport d'activité pour illustrer ses méthodes de travail ( Libération du 3 mai 2006) (1). Leïla s'estimait victime d'une discrimination raciale à l'embauche, la Halde avait proposé une médiation. Mais sept mois plus tard, la plaignante se sent abandonnée.

En désespoir de cause, Leïla, 35 ans, a choisi de médiatiser son histoire. "On espère un électrochoc", dit l'ALDA (Association de lutte contre les discriminations en Alsace) et la LDH, qui ont organisé la semaine dernière une conférence de presse à Strasbourg. Leïla n'était pas là, par souci de discrétion. La jeune femme a toutefois accepté de rencontrer Libération. Volubile et battante, elle "parle franco", "avec l'accent pourri" de la Franche-Comté, où elle est née française de parents originaires de Kabylie. Leïla ne veut pas "finir démontée comme un personnage du documentaire Le plafond de verre", sur les discriminations à l'embauche, qu'elle vient de voir au ciné. Mais elle ressasse son histoire et se demande sans cesse pourquoi, parmi ses six frères et soeurs, ceux qui ont vite arrêté l'école travaillent, alors qu'elle, une double maîtrise de droit et un DEA de sciences du travail en poche, galère avec 420 euros par mois d'allocation de solidarité spécifique. Elle s'énerve : "Je ne suis qu'une bougnoule qui a osé faire des études ! Si j'étais femme de ménage, ils m'auraient prise…"

Son conflit l'oppose à une administration, la Caisse régionale d'assurance vieillesse d'Alsace-Moselle (Crav). En mars 2004, après une candidature spontanée, Leïla y passe un examen d'embauche, pour lequel elle obtient la moyenne. Ensuite, tout s'enchaîne, très mal. Sans emploi, sans nouvelles de la Crav, Leïla raconte avoir été alertée par l'attaché parlementaire d'un député sur le risque qu'elle soit victime d'une discrimination raciale à l'embauche. Elle porte plainte pour ce motif auprès du parquet et saisit la Halde, qui enquête et demande des explications à l'administration. En janvier 2006, la Halde conclut que "les motifs opposés par la Crav n'étaient pas de nature à justifier le refus d'embauche, ou à tout le moins le rendent équivoque". Et aussi que "la réclamante a effectivement fait l'objet d'un traitement moins favorable que celui accordé à certains candidats, alors qu'elle disposait d'un avis assez favorable et de connaissances juridiques susceptibles de favoriser son adaptation". Le rapport précise toutefois que "les éléments fournis ne permettent pas d'affirmer que le motif lié à l'origine est celui qui a fondé la décision de la Crav".

Le médiateur nommé par la Halde a réuni deux fois les deux parties, en vain. "Les médiations échouent, la Halde constate l'échec, mais elle ne fait plus rien", accuse Fabrice Dhume, de l'ALDA. Ce n'est pas tout à fait exact. Contactée, la Halde a indiqué qu'elle pourrait rendre, ce mois-ci, une délibération conseillant à Leïla de porter l'affaire devant un tribunal civil. Au pénal, sa plainte a en effet été classée sans suite. Mais Leïla n'en démord pas, elle veut qu'on reconnaisse qu'elle a été victime d'un délit et envisage de déposer une seconde plainte avec constitution de partie civile. Quelle que soit la juridiction qu'elle choisisse, la Halde transmettra alors son dossier aux magistrats. À eux de décider si Leïla a droit au statut de victime pour lequel elle se bat depuis si longtemps, au risque de l'épuisement.

Thomas CALINON
Libération du 12 décembre 2006
© Libération

 

 

 

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